Accompagner un enfant qui refuse de manger

Il n’y a pas plus instable que l’appétit d’un enfant en fonction du repas, de son humeur et même d’une journée. En principe, son corps lui dicte naturellement s’il doit ou non manger, et pour quelle quantité, même si cela est parfois difficile à admettre pour les parents. Mais le refus de manger peut ne plus être une question d’appétit, mais d’affirmation de soi et d’un vilain petit jeu que votre enfant vous fait vivre, généralement vers l’âge de 2 ans. Alors, comment y faire face ? Devriez-vous céder ou faut-il persévérer ?

 

Comprenez votre enfant pour mieux réagir

Vers 2 ans, votre enfant peut refuser de manger des aliments en particulier ou même un repas entier, et cela pour plusieurs raisons. Avant de riposter ou de tenter une solution radicale, essayez d’abord de comprendre pourquoi il agit ainsi à travers les éléments listés ici.

 

Une simple question d’appétit

Votre bébé ne finit pas son assiette ? Il refuse de manger des légumes ou d’autres aliments en particulier ? Il refuse même catégoriquement de prendre tout son repas ? Rassurez-vous, l’appétit de votre enfant est naturellement contrôlé par son organisme qui lui signale quand il a faim ou quand il est rassasié. Sachez qu’un enfant ne se laissera jamais mourir de faim s’il est en bonne santé. Surveillez seulement son poids et sa courbe de croissance, et s’il n’y a rien d’anormal, vous n’aurez pas à vous inquiéter.

En effet, il y a des « petits » et des « gros » mangeurs et vous n’aurez qu’à vous y adapter en équilibrant les apports nutritionnels auxquels votre enfant doit bénéficier en fonction de son âge. Il peut même sauter tout un repas sans qu’il n’y ait aucune crainte à avoir lorsque son corps le dicte, car il se rattrapera naturellement au prochain repas ou lors des collations. D’un autre côté, le manque de sommeil, la fatigue ou encore la poussée dentaire réduisent également considérablement son appétit. Mais si la situation persiste au bout de 2 ou 3 semaines et lorsque cela s’accompagne d’une baisse de poids et/ou que sa santé se dégrade, pensez à consulter rapidement votre médecin.

 

Entre caprice, affirmation d’autonomie et communication

À 2 ans, le développement physique et psychologique de votre enfant s’accélère. En plus d’être quasiment indépendant (il marche et joue seul, il mange avec ses mains, à la cuillère…), il préfère également s’adonner au jeu plutôt que de passer à table. Il découvre en même temps que le fait de refuser de manger lui permet de changer votre humeur. Par conséquent, il s’essayera à utiliser le « pouvoir du non » pour affirmer sa personnalité et veut même en profiter ! Mais cette phase de négativité n’a rien d’anormal, ce n’est qu’une étape naturelle dans son développement psychomoteur.

 

Des traits communs

Tous les enfants de 2 ans ont généralement un faible pour les aliments sucrés, les pommes de terre, le riz et les pâtes et repoussent les légumes, et ce, jusqu’à l’âge de 7 ans (voir notre article sur l’alimentation idéale d’un enfant de deux ans). Ils s’intéressent également davantage aux goûts francs et prononcés comme celui du poulet par rapport à celui du canard par exemple.

Votre enfant peut aussi être sujet à une néophobie alimentaire, un mécanisme qui l’incite à repousser les nouveaux aliments par peur de l’inconnu. Ce phénomène s’estompe généralement vers ses 6-7 ans, ce qui laisse une assez longue période de mise à l’épreuve pour votre patience. Plus d’informations sur la néophobie alimentaire sur le site Nos Petits Mangeurs.

 

signes néophobie

Les signes et symptômes d’une potentielle néophobie. Nos Petits Mangeurs

 

Comment réagir face au refus de manger ?

Il existe plusieurs solutions à cette situation, encore faut-il en connaître précisément les raisons avant de prendre des décisions. Mais avant cela, il existe plusieurs petites astuces pour essayer de prévenir le refus.

 

Respectez les règles communes à table

Pour commencer, rappelez-vous que votre enfant prend l’exemple sur vous et tous les membres de votre famille. Vous devez ainsi tout mettre en œuvre pour que les moments passés à table soient le plus favorables possible à son appétit. Prévenez-le quelques minutes avant le repas qu’il va manger par exemple et qu’il doit donc arrêter de jouer. En même temps, préparez son assiette en évitant de trop la remplir et en essayant de la rendre attrayante ou rigolote pour capter son attention : repas en forme d’animaux, légumes découpés en formes ludiques…

En effet, la distraction peut perturber son appétit. Laissez donc ses jouets et livres loin de la table, puis éteignez la radio et la télévision. Faites en sorte que le repas en famille se passe dans une atmosphère de convivialité où votre enfant participe aux conversations ou du moins que cela l’intéresse. Vous ne devez absolument pas le gronder ou passer en revue ses bêtises passées lorsque vous êtes à table au risque de casser l’ambiance. Cela va surtout cultiver une certaine appréhension chez lui et il sera angoissé rien qu’à l’idée de passer à table.

 

Stimulez son appétit

Une astuce très efficace est de l’inviter à préparer le repas avec vous dans la cuisine, et par la même occasion de lui apprendre tous les noms de chaque aliment. Montrez-lui que cela fait plaisir de manger et non pas que c’est bon pour la santé, car dans ce cas, le repas constituerait une obligation. Adoptez des horaires stricts pour les repas et les collations sans céder aux demandes spéciales et au grignotage. Vous ne ferez qu’amplifier ses caprices si vous lui donnez à manger avant ou après un repas.

En cas de refus, dites-lui qu’il est déjà en mesure de comprendre que vous ne lui donnerez plus rien avant l’heure de la prochaine collation. Pour ouvrir son appétit, ne donnez que de l’eau entre les repas et tenez-vous-en aux maximums requis pour le lait (500 ml/jour) et les jus de fruits (demi-tasse ou 125 ml/jour), car en plus d’être caloriques, ces boissons remplissent son estomac.

 

Faites gaffe à la quantité des aliments offerts

On parle ici de quantité, mais cela importe peu du moment que vous connaissez les maximums conseillés en fonction de l’âge de votre enfant. Le plus important est la qualité des aliments offerts, notamment leurs apports en nutriments. Entre petits et gros mangeurs ou les changements d’appétit inexplicables d’un repas ou d’une journée à une autre, vous aurez du mal à maîtriser ce que votre enfant doit réellement consommer en termes de quantité.

Essayez de ne pas le décourager avec une assiette trop remplie : présentez plutôt de petites portions suffisamment variées. Les spécialistes recommandent souvent de servir de la viande ou ses dérivés de la taille de la paume de la main de l’enfant et de la même taille que son poing pour les légumes et féculents.

Faites également confiance à son organisme qui lui dicte petit à petit la quantité appropriée. Encore une fois, son corps peut lui demander de sauter un ou plusieurs repas, ce qui est tout à fait normal ! Gardez juste un œil sur son poids et sa courbe d’IMC (Indice de Masse Corporelle). En même temps, demandez-lui toujours de vous signaler lorsqu’il y en a trop ou pas assez dans son assiette ou même lorsqu’il souhaite se servir tout seul. N’oubliez pas ensuite de le débarrasser de son assiette une demi-heure au maximum après qu’il ait fini ou non son repas et ne lui montrez surtout pas que vous êtes déçu.

 

N’entrez pas dans son jeu

Comme évoqué plus haut, le jeu affectif est une découverte marquante pour votre enfant dès ses 2 ans. Lorsqu’il refuse de manger, il remarque que votre humeur change et que parfois, vous cédez à ses caprices en lui proposant des jouets à table par exemple. Cette attitude est à proscrire, car vous allez lui apprendre qu’il mange pour « faire plaisir ». Faites-lui comprendre plutôt qu’il est bon de manger, que le plaisir gustatif est pour lui et qu’il faut manger pour bien grandir.

Vous devez absolument détecter les éventuels marchandages, intimidations ou chantages affectifs et ne pas vous laisser faire. Comprenez également que s’il joue, il pense qu’il le fait avec vous. Ainsi, en cas de refus de manger, essayez de vous désintéresser de son jeu en l’ignorant qu’il mange ou pas ou qu’il ne fasse que jouer avec sa nourriture. Évitez donc les énervements, déceptions ou frustrations, car votre enfant va sûrement le remarquer. Soyez patient et persévérez même s’il est dur de le voir jouer avec sa nourriture et de devoir nettoyer son bazar ! En somme, tout cela ne lui sert qu’à attirer votre attention. Ne baissez donc pas les bras au moment des repas, mais rattrapez-vous en lui accordant beaucoup d’attention et en jouant avec lui en dehors des heures de repas. Il arrive aussi qu’un bébé accepte généralement de manger lorsqu’il est servi par une personne autre que l’un de ses parents, encore une histoire de caprice (à tester avec la grande sœur ou le grand frère dans une fratrie).

 

Horaires et conflits

N’oubliez en aucun cas de respecter les horaires des repas et collations en laissant environ 2 heures avant ou après chacun d’entre eux. Vous pouvez ensuite jongler facilement avec les apports nécessaires en nutriments en donnant d’autres aliments aussi nutritifs pour les repas et les collations, si votre enfant est un petit mangeur par exemple.

Évitez également tout conflit à table principalement en cas de refus de manger, car vous ne ferez que nourrir le caprice de votre enfant en insistant sur les deux dernières bouchées ou en le forçant à manger. Lorsque les astuces évoquées plus haut ne portent pas leurs fruits du premier coup, persévérez et soyez patient. En attendant, pensez à toujours équilibrer son alimentation par des aliments de substitution.

 

Si l’enfant se braque sur quelques aliments précis

Lorsque votre enfant refuse de manger ce qu’il y a au menu, peut être qu’il n’a pas faim, qu’il fait ses caprices ou qu’il n’apprécie pas vraiment un ou plusieurs aliments que vous lui donnez. Dans ce dernier cas, vous pouvez d’abord lui montrer l’exemple en mangeant vous-même l’aliment qu’il repousse et en montrant que vous l’appréciez. Renouvelez ensuite votre proposition après 3 ou 4 jours et optez pour de petites portions.

Évitez de le forcer à manger, encouragez-le plutôt à goûter l’aliment et s’il le fait, félicitez-le même s’il fait la grimace. Peut-être qu’il l’appréciera la prochaine fois lorsque vous en changerez la texture, le mode de cuisson ou la présentation. Les formes rigolotes ou ludiques attirent effectivement plus les petits. Une bonne astuce consiste à le présenter dans une assiette à part et de le laisser décider seul s’il veut ou non y goûter.

Pour maintenir son équilibre alimentaire et en attendant que les raisons de son refus passent, remplacez les aliments nutritifs par d’autres qui apportent des nutriments équivalents. Favorisez notamment le lait de croissance et les yaourts pour remplacer les protéines dans la viande ou le poisson s’il les repousse. S’il refuse l’œuf, vous pouvez toujours lui en donner discrètement à travers des flans ou des crêpes. De la même manière, offrez des fruits à la place des légumes et des yaourts ou fromages et produits laitiers à la place du lait. Vous pouvez également dissimuler le lait dans les semoules, les desserts, les flans, ou de la purée.

Enfin, n’apprenez jamais à votre enfant qu’un aliment est bon, mauvais ou interdit puisqu’il se souviendra davantage de ces deux derniers mots.


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